Lucarne

les miscellanees de pol gornek - partie 11

#050 How I Met Your Mother (06x13 : Bad News)

C’est le moment où Marshall apprend la mort de son père.

Au fil de la rédaction de ces morceaux choisis, il apparaît que certains semblent moins importants que d’autres. On retient des passages particuliers parce qu’ils représentent un événement dans la série ou parce qu’ils ont su provoquer quelque chose d’un peu magique ou toucher juste. Certaines séquences font l’unanimité, d’autres illustrent la personne qui les choisi.

La séquence où Lilly annonce à Marshall le décès de son père n’est pas la plus belle scène de la série. On pourrait même en trouver des plus émouvantes (il y en aura au moins deux). Mais celle-ci fut un écho tout particulier parce que sa diffusion suit de près la mort de mon père (un mois). Je ne suis pas investi émotionnellement dans la série. Mais à ce moment précis, je deviens (un peu) Marshall. Si tout le contexte est différent, des raisons de sa mort à ma relation avec lui, pendant quelques secondes, je suis scindé en deux, pris de compassion pour un être fictif qui traverse une situation similaire et renvoyé à ma propre perte et l’instant précis de sa mort.

La série tv est une oeuvre qui vit en même temps que ses spectateurs. Nous grandissons ensembles. Nous évoluons ensembles. Et nous devons parfois, ensembles, faire face à des moments douloureux. Ici, la synchronisation fut presque parfaite. A un point qu’un peu auparavant, j’apprenais que j’allais être papa. Une période un peu étrange de ma vie où l’excitation se mêlait à la tristesse. 

C’est le moment où je deviens un peu Marshall.

 

 

#051 Buffy, The Vampire Slayer (03x20 : The Prom)

C’est le moment d’un discours.

Joss Whedon aime son héroïne et lui offre peut-être le plus beau des cadeaux. Un discours lors du bal de promotion. Il y a quelque chose d’émouvant dans ces mots simples, synonymes de gratification. La reconnaissance que ces quelques années de sacrifice n’auront pas été vain (avec celui de régulièrement sauver le monde). Et aussi rappeler que les nombreux événements fantastiques ne seront pas passer inaperçus.

Cette recognition subite intervient à un moment où Buffy est utilisée comme un instrument au détriment de la personne. Elle voit son univers vaciller, illustré par le départ de Angel, l’avènement du Maire et surtout, la fin du lycée. Ce passage où l’on quitte la part la plus innocente de notre adolescence. Le discours émeut parce qu’il touche une corde sensible et met en lumière une héroïne trop longtemps restée dans l’ombre. Ce moment où les projecteurs se braquent sur Buffy Summers devient une bénédiction, le sacre d’une héroïne. Séquence cathartique par définition, le spectateur exulte et se voit submerger par la douceur insoupçonnée que l’on peut trouver chez ces enfants.

C’est le moment de remerciements tant attendus.

 

 

#052 X-Files (04x02 : Home)

C’est le moment d’une ouverture.

Rarement une série n’aura plongé aussi profondément dans l’horreur. L’image est sombre mais l’on devine ce qui s’y passe. On perçoit les mouvements. Un visage déformé se révèle. Et la révélation laisse place à un sommet d’effroi. Le corps d’un bébé que l’on enterre. 

L’image restera gravée longtemps dans la mémoire. Une image dérangeante. La série a mis au monde une quantité non négligeable de monstres (la créature de The Host, Eugene Tooms, etc….), mais c’est bien cette famille dégénérée qui obtient la palme de l’horreur à l’état brute. Peut-être parce qu’elle relègue le fantastique à l’écart et s’approche un peu plus de notre réalité (toute proportion gardée).

C’est le moment où l’on enterre un nouveau-né.

 

 

#053 Grey’s Anatomy (05x24 : Now or Never)

C’est le moment où l’horreur se définit.

Beaucoup de reproches pourraient lui être fait mais Shonda Rhimes maîtrisent à la perfection les outils du mélodrame. Il y a ces événements que l’on voit arriver. Ceux dont la route est pavé des plus malveillantes attentions pour amener un final tragique. Et il y a ceux que l’on ne voit pas venir. Ceux, dont la surprise vous tombe dessus et ne vous lâche plus. Une surprise qui vous redresse. On s’approche de l’écran parce que l’on comprend les événements à la même vitesse que les personnages.

C’est un mot que l’on essaie de signer au creux d’une main. Parce que l’on ne peut plus parler. Emprisonné dans son propre corps. C’est la torture de Joe dans Johnny Got His Gun. L’anonyme dans un hôpital qui sent le monde (ses amis) bouger autour de lui sans parvenir à communiquer. Rhimes qui place L’hôpital en théâtre des ébats amoureux a fait de la communication son arme absolu. En refusant le visage et la parole à l’un de ses personnages, elle l’extrait de la série, le place en sursis. Tout en laissant le spectateur dans l’ignorance. C’est cruel mais le résultat fonctionne divinement bien.

On reconnaît une grande séquence à sa capacité à replacer le spectateur dans une position émotionnelle semblable à celle qu’il avait durant sa découverte. Ce moment où Meredith comprend que le bon samaritain dévisagé est George O’Malley provoque toujours cet effroi glacial comme une rupture. Le temps s’arrête quelque seconde, à mesure que l’on assimile l’information. Meredith crie, comme nous. Au même moment.

C’est le moment où l’on comprend

 

 

#054 NCIS (02x23 : Twilight)

C’est le moment d’une mort brutale.

On voyait déjà le happy-end. Une menace terroriste déjouée. Un sacrifice qui n’en est pas un grâce au gilet pare-balles. Gibbs, DiNozzo et Kate réunis sur un toit, se félicitant, une fois de plus, du travail accompli. Une fin de saison classique pour un show qui mise sur la stabilité de son système. On prévoit le générique de fin, commence à rassembler ses affaires et se demande sur quelle série on va pouvoir enchaîner. La valse des season finales, ce moment bien particulier des sériephiles, entre frustration et satisfaction.

Mais l’épisode dure quelques seconde de plus. Une fraction. Un coup de feu. Le sang qui gicle sur DiNozzo et Kate qui s’écroule. Allongée sur le dos, les yeux grand ouverts. Et une mare de sang qui grandit sous sa tête. Au milieu du front, la plaie d’une balle de sniper lui fait comme un troisième œil  La mort est violente, brutale. Elle coupe le souffle comme l’écran s’éteint. Maintenant la saison est terminée. Et aucune doute n’est laissée au sort de Kate.

Il y a des morts de personnage qui attriste mais ne surprend pas vraiment. Et d’autres qui explosent à la gueule du spectateur. Dans un formula show comme NCIS, cette action agit comme un schisme. La série se sépare de sa propre routine, agit de façon imprévue, spontanée et fauche l’audience qui ne s’attendait pas à ce type d’événement sur un personnage principal.

C’est le moment de la série.

les miscellannees de pol gornek - partie 10

#045 Friday Night Lights (04x05 : The Son)

C’est le moment d’un deuil impossible.

Où quand un fils n’arrive pas à dire adieu à son père. Car dire adieu, faire sa nécrologie, serait une forme de pardon. Et Matt est incapable de pardonner. Toutes ses séquences dans l’épisode aurait pu figurer dans ces miscellanées. Puisqu’il fallait en choisir une, c’est cette confession faite aux Taylor. L’aveu comme signe d’impuissance : vouloir haïr son père pour devenir une bonne personne. Rejeter toute l’aigreur, la colère vers ce père qui a préféré rejoindre l’armée que s’occuper de sa famille. Ce père qui a obligé Matt à sacrifier son adolescence pour s’occuper d’une grand-mère qui perd la tête.

La colère d’un enfant. Sa résignation à devoir prendre la parole et trouver quelque de positif à dire. Son arrivée tardive chez ses beaux-parents, son dégoût des carottes, des détails insignifiants vont le plonger dans cet état insupportable où tout se mélange. La sensation d’être impoli. La gestion impossible du deuil. Matt craque devant l’incarnation d’une famille parfaite. Lui, le garçon sans histoire, gendre idéal.

C’est déchirant de voir ainsi un jeune garçon que la vie a déjà bien écorché subir autant d’acharnement. Mais de ces moments difficiles, injustes, dramatiques, naissent les plus belles séquences. Friday Night Lights possède un spectre émotionnel large. Dans cet épisode, elle a touché au plus juste la complexité des émotions adolescentes face à la mort.

C’est le moment d’une confession.

 

 

#046 24 (08x22 : Day 8 : 01:00 P.M. - 02:00 P.M.)

C’est le moment d’une déshumanisation.

Jack Bauer en mode vengeance. La conclusion de sacrifices et traumatismes personnels. Si la chair de Jack Bauer porte en elle les stigmates de ses valeurs démocratiques, sa combinaison intégrale annihile tout indice d’humanité.

C’est le masque, noir, que l’on retire du sac et qui nous renvoie cette image d’être impassible. Le vide. L’absence total d’émotion. La suite, c’est l’avènement de la machine. Le bras implacable de la vengeance. Une silhouette sombre dont la face désincarnée semble motivée par une seule prérogative : l’enlèvement de l’ancien président Charles Logan.

La séquence est intense. Non pour sa dynamique ou sa réalisation. La série, notamment dans sa première saison, a su faire preuve d’une maîtrise plus évidente. Elle créé son empreinte par sa dimension tragique : l’impression d’avoir définitivement perdu son personnage au profit d’une vendetta dont on comprend l’origine mais que l’on ne peut cautionner. Elle fonctionne sur deux tableaux, symbolique et moral.

C’est le moment où un homme décide de se venger jusqu’à oublier ses valeurs les plus élémentaires.

 

 

#047  In Treatment (01x26 : Laura - Week Six)

C’est le moment où les barrières s’effondrent.

L’art de rendre une scène aussi intense qu’un épisode de 24 avec deux personnages qui discutent sur un canapé. Le choix des mots, la ponctuation, la diction des comédiens, les silences. Les armes d’une séquence où rien n’est laissé au hasard.

La scénographie modifiée. Paul et Laura sur le même plan, ensemble sur le canapé. La confrontation fonctionne sur un pied d’égalité. Enfin ce qui ressemble à une conversation banale (et non une séance) est brisée par une confidence de Paul, annonçant ses sentiments avec retenu. Suit le silence. L’instant tenu en suspension. Le temps arrêté. Plus éloquent qu’une longue phrase, c’est ce moment précisément qui intensifie la scène.

Dans un art qui a fait du dialogue son arme principal, miser à ce point sur le silence tient du génie ou de l’inconscience. Pari réussi pour une série pas comme les autres.

C’est le moment où l’on attend.

 

 

#48 Dollhouse (01x13 : Epitaph One)

C’est le moment où un génie se rend compte qu’il a provoqué la fin du monde.

C’est un de ses mauvais jours. Topher, architecte du programme, allongé dans l’une des couche prévue aux poupées, débitant des théories avec l’excitation des jeunes premiers. Il y a la tendresse de De Witt pour son protégé. Un peu coupable de sa déchéance. La froide matriarche se transforme en femme douce, compatissante. Un changement radical qui s’expliquera par la révélation du jeune homme : c’est lui qui précipité le monde vers sa fin.

Si je crois pouvoir trouver les réponses, est ce de la curiosité ou de l’arrogance ?

L’épisode interroge le génie au service de la destruction. On pense à Oppenheimer et le projet Manhattan. Le sentiment de culpabilité ronge le jeune homme jusqu’à le plonger dans la folie. Une responsabilité trop lourde pour ses épaules.

La séquence suit la trajectoire de la pensée de Topher. Comme un résumé de l’ellipse. De la création à l’application. Et sa conséquence. En fin d’épisode, en une scène déchirante, Whedon dévoile son plan d’ensemble, ce qu’il avait prévu pour sa série. Le geste est osé (il pensait la série annulée, cet épisode n’a jamais été diffusé et était présenté en bonus dans l’édition DVD), aussi bien comme sabordage de sa propre oeuvre, qu’un exercice fabuleux de funambule. Pendant tout l’épisode on a essayé de comprendre ce qui a plongé le monde dans le chaos. Les événements se dévoilaient par bribes. Avec cette séquence, porté par le jeu de Fran Kranz, l’auteur s’applique à rendre un texte narratif (il raconte aux spectateur, il ne donne pas à voir) cruel, intense et douloureux. L’épisode était déjà très bon, avec cette séquence, il devient grand.

C’est le moment où la culpabilité est trop forte.

 

 

#049 The Office US (05x13 : Stress Relief)

C’est le moment d’un test anti-incendie.

Raconter une séquence comique, c’est un peu comme expliquer une blague. L’exercice est périlleux et aurait plutôt tendance à supprimer toute trace de rire. Aussi, il serait dommage de sacrifier ce qui reste l’une des plus incroyables séquences pré-générique de la série.

Ici, l’extrémisme de Dwight donne lieu à un déchaînement. Une folie jubilatoire où chaque personnage entraîne rire ou hilarité. Réaction en chaîne ou principe des dominos. Cocotte-minute sous pression, on attend que le résultat explose. Et c’est à la hauteur des attentes.

C’est le moment qui ne se raconte pas.

Festival Series Mania - saison 04

Redfern Now (2 épisodes - Vendredi 26 Avril)

Lorsque Sally Riley, directrice des programmes diversités de la chaîne public australienne ABC, mentionne Redfern Now, elle appuie le caractère missionnaire de la série. Montrer les minorités aborigènes à l’écran par le prisme d’un célèbre quartier de Sydney  sensibiliser les spectateurs sur les difficultés d’insertion, et surtout palier la trop faible représentation des aborigènes dans le paysage audiovisuel. Aussi bien devant, que derrière la caméra.

C’est une louable intention. C’est également l’une des fonctions du service public. Cette démarche doit s’inscrire dans une proposition dramatique pour qu’elle soit entendue autrement qu’un spot tv de luxe. Or, dans le cadre des deux épisodes projetés au festival, la série n’échappe pas à une dimension pédagogique qui rend l’exercice scolaire, voire pamphlétaire. Particulièrement vrai dans le premier épisode diffusé (01x06 en réalité), plombé par le manichéisme d’une situation qui méritait une application plus nuancée.

Sarah Riley a mentionné l’importance accordée à la réalisation. Une volonté d’offrir des épisodes visuellement aussi bon que le cinéma. Dès le générique l’intention se mue en handicape. L’image si propre qu’elle devient lisse, l’abus de ralentis, la réalisation souffre d’une attitude effrontée, bien trop conscience de ses effets. Elle arrache souvent la scène au spectateur par son caractère sentencieux et m’as-tu-vu (voire accablant dans le 01x06). Une sur-esthétisation qui dénote avec la volonté de réalisme promue par la série.

Redfern Now est une anthologie dont chaque épisode est censé exposer un des problèmes aborigènes. Ce côté segmenté joue peut-être en défaveur du propos et risque de morceler la vision de ce quartier plutôt que d’offrir un plan d’ensemble. Aucun lien évident n’apparaît entre l’intrigue du policier et celui du jeune boursier. A moins de jouer aux cinq degrés de séparation, il manque un sentiment d’unité et quelque part, d’humain pour une série qui place beaucoup d’importances aux valeurs de ces derniers.

 

Table Ronde Transmédia (Vendredi 27 Avril)

Après une présentation limpide de Oriane Hurard, sorte d’arbre généalogique des événements transmédia au fil des ans, ainsi que ses possibilités, la table ronde animée par Jérémy Pouilloux tente de comprendre les enjeux du transmédia, ses répercussions économiques, la place du spectateur dans le procédé ou encore la production et le financement.

Les différents intervenants ont su abordé un large spectre des différentes problématiques du projet transmédia, sans forcément être capable d’apporter des réponses. Il s’agit avant tout de viabiliser un secteur qui souffre encore d’un manque de pérennisation pour permettre la création d’une vraie économie (et l’on a entendu également la difficulté d’établir un vrai statut au sein de la SACD). Il faut aussi admettre que la nature versatile du transmédia la contraint à une notion d’expérimentation perpétuelle. Comme on a pu le voir dans la présentation en prélude, il existe de nombreux outils à disposition et c’est peut-être cet aspect pléthorique et infini qui empêche la stabilité du secteur et la création d’un vrai précédent comme modèle.

Aujourd’hui, et malgré quelques réussites, le transmédia est encore une promesse. On peut dire qu’elle avance dans le bon sens, que de sa multiplication naît sa survivance et que des acteurs travaillent à son expansion. Les pistes explorées lors de cette table ronde confirment qu’il y a du travail à réaliser, notamment sur son espérance de vie ou son utilisation en différée. Mais à l’heure où les écrans augmentent, que l’attention se disperse, que les médias se mélangent, le transmédia a définitivement une place à occuper.

 

Parade’s End (Pilot - Samedi 27 Avril)

Adaptation par Tom Stoppard (scénariste de Brazil, Empire of the Sun et… Shakespear in Love) d’un roman “réputé inadaptable”, la série rejoue le triangle amoureux sur fond de Grande Histoire (la première guerre mondiale).

A coup de narration elliptique, les vingt premières minutes alignent des séquences à caractère informatif obligeant à une gymnastique douloureuse pour se sortir de cet ensemble chaotique. Un effort quasi surhumain pour un résultat aussi décevant que banal : la composition d’un triangle amoureux où un homme un peu coincé est pris entre sa femme volage et égocentrique et une autre a priori parfaite pour lui. Vingt minutes de supplice, où des personnages sculptés à la serpe flottent, se débattent d’une poigne qui les rabaisse à une vague esquisse caricaturée.

Dans ce contexte, Benedict Cumberbatch nous rejoue un morceau de sa partition holmessienne. Phrasé sec, ton hautain, complexe de supériorité. Jusque dans sa maladresse de l’émotion ou du sentiment  un peu autiste dans ses rapports humains. Le personnage est en parti écrit ainsi, capable du grand écart entre un côté réactionnaire face aux institutions maritales et libéral quand il s’agit d’accorder le droit de vote aux femmes. Cette contradiction, vecteur de richesse, est oblitérée par ce fantôme de Sherlock qui plane au-dessus du personnage et migre la prestation du comédien vers le recyclage.

 

Chérif (30 minutes du premier épisode - Samedi 27 Avril)

Le sourire. Arme principal du capitaine Kader Chérif. Signe de décontraction, de malice et d’humour. A l’image d’un personnage que les auteurs ont souhaité atypique, capable de générer des sentiments contradictoires dans le paysage policier. Sourire trop honnête qui cache une grande intelligence. Sourire hypocrite capable de se jouer des suspects. Sourire agaçant quand il devient signe de (fausse) nonchalance.

Mais ici le sourire est figé. Plaqué sur le visage du comédien. Le sourire du Joker ou sourire de l’ange. Sculpté à la lame de rasoir. C’est grotesque et rebutant. A l’image d’un trou noir, tout s’y engouffre pour ne ressembler qu’à un objet désincarné qui aligne les mauvaises décisions. L’humour devient embarrassant. Le caractère policier ne convainc pas. Se jouer de son époque à grand coup de citations (mise en abîme, références) tout en offrant une image (et un générique) arrachée aux années 90 (télévision française). L’un des paradoxes d’une série qui a fait de son fond de commerce l’éternel antagonisme du couple de flics. Elle s’imagine décontractée, elle s’abîme. Chérif accuse peut-être le coup d’une naissance qui intervient après une lignée déjà fort encombrée et de choix discutables qui feraient peut-être une bonne idée sur le papier mais dont la concrétisation a souffert d’un manque de savoir faire.

 

Going Home (Pilot, 1ère partie - Samedi 27 Avril)

Hirokazu Kore-Eda (Still Walking, Nobody Knows au cinéma) s’attaque à la télévision. Mais il ne voit pas cette dernière pour sa qualité de narration redondante, cyclique et segmentant, mais comme l’extension qu’elle offre à sa fiction. Dans Going Home, il est moins question de série que d’un long film de plusieurs heures. Going Home n’est pas une négation de la série télé. C’est une oeuvre qui trouve grâce dans la petite lucarne. A l’inverse d’un Wang Bing qui offre son documentaire de neuf heures au cinéma (A l’Ouest des Rails), Kore-Eda voit dans l’écran de télévision, la surface idéale pour l’illustration d’une famille dont le quotidien est chamboulé par le coma du grand-père.

Il y a l’image, lisse, froide et terne de la vidéo. Une habitude pour la télévision japonaise qui heurtera le public occidental. Mais de cet esthétique un peu laide va naître un sentiment de promiscuité. Placée au centre du cocon familial, la caméra capte le ballet quotidien d’une famille, usant de longs plans fixes pour naturaliser les faits et gestes de la vie courante. De l’accumulation de séquences ordinaires comme banalité magnifiée va naître un récit dense. L’impression qu’il ne se passe pas grand chose et pourtant jamais l’ennui ne pointe son nez.

Kore-Eda ne vise pas l’étude anthropologique. Il possède l’oeil d’un peintre. Les contours des personnages d’abord esquissés vont se définir au fil des séquences. Notre jugement ou empathie vont eux aussi s’adapter. La répétition du quotidien fera jaillir la vraie nature des protagonistes. Ainsi, au début de l’épisode, la mère que l’on croit supplier son mari de s’occuper de l’éducation de sa fille, sera, en réalité, la figure absente du noyau familial, occupée par une carrière culinaire envahissante. Ce jeu mouvant des perceptions s’impose comme un théâtre passionnant où les personnages évoluent “en temps réel”, comprendre au fil des événements.

A la lumière de cet épisode, on comprend mieux pourquoi Kore-eda investit la télévision et voit dans le médium, l’outil adéquat pour une narration à long terme. Prendre son temps, pouvoir s’appesantir sur des détails, laisser respirer un récit dense fait de micro-événements. Belle promesse.

les miscellanees de Pol Gornek - partie 09

#040 Thunder in Paradise (01x11 : Nature of the Beast)

C’est le moment d’un hommage honteux.

Spence et Bru vont sur un île. Et découvrent ce qu’il semble être la version Nu Image de Predator. On troque l’extraterrestre pour une machine mais l’effet est le même. Même décors exotique. Même capacité de camouflage. Ici, la surprise tient dans la découverte progressive de l’hommage. Mais un hommage par négation. Évidemment, la comparaison entre la série et le film de McTiernan ne tient pas une seconde. Et ce n’est pas une question de budget. A l’image de ce que Thunder in Paradise pouvait être, c’est une version au rabais.

Sans la référence, l’épisode n’aurait pas été plus mauvais que le reste de la série. Ici, l’oeuvre mémorable de McTiernan agit comme un violent effet repoussoir. C’est douloureux d’assister à la décomposition d’un classique du film d’action. Douloureux et pénible.

C’est un moment que l’on aurait préféré oublier.

 

 

 

#041 X-Files (07x04 : Millennium)

C’est le moment d’une résurrection.

Belle promesse que d’offrir une conclusion à MillenniuM dans X-Files. Mais quand cet épilogue se transforme en une succession de moments embarrassants à grand coup de zombies moches (mal maquillés) on se dit que la série ne méritait pas pareil traitement.

Inviter les zombies dans X-Files semblait inévitable. La série a largement puiser dans le bestiaire fantastique pour alimenter ses scénarii. Seulement le show est moins fort dans l’exploitation de figures classiques que dans la création (ou l’altération). Les vampires de la saison 02 sont de triste mémoire, le loup-garou de la première, un peu mieux (et avant Twilight !). Pourquoi associer les zombies avec l’univers de MillenniuM ?

Il vaut mieux garder l’image d’une série avortée que cette conclusion qui n’en est pas vraiment une. Ici, Gilligan et Carter se fourvoient entre une ultime référence à MillenniuM et l’évocation du Night of the Living Dead de Romero. Avec un personnage comme Scully, dont la croyance a souvent été ébranlée, on aurait pu souhaiter un traitement plus poussé vers la religion. Dommage que Morgan et Wong ne se soient pas chargés de l’épisode, sans doute trop occupés à lancer leur franchise cinématographique, Final Destination. Ce refus d’utiliser la religion comme motif principal (et pas sous-jacent d’un thème zombie) apparaît comme le principal écueil de ce sinistre épisode. Seul éclaircie, la reprise du thème de MillenniuM par Mark Snow lors d’un dialogue entre Frank Black et Scully.

C’est le moment où les morts auraient du le rester.

 

 

 

#042 CSI Miami (06x18 : Tunnel Vision)

C’est le moment d’un accident de voiture en CGI.

Au cinéma, la palme du plus moche effet spécial mettant en scène une voiture est attribuée au Masque de l’araignée ( http://www.youtube.com/watch?v=FPbDFxXU_74 ). A la télévision, c’est CSI Miami qui remporte le trophée. La séquence se passe de mots, il faut la voir pour le croire : 

 

C’est un moment moche.

 

 

 

#043  CSI NY (08x01 : Indelible)

C’est le moment d’une commémoration.

Impossible de ne pas célébrer les dix ans du onze septembre pour une série qui a inscrit la tragédie dans son ADN. De par sa localisation et l’un des personnages principaux (Mac). La série n’a jamais fait dans la subtilité quand il a fallu traiter aussi bien de l’attentat que son rapport très patriotique au pays (Mac est ancien militaire). Parfois glorificatrice jusqu’à l’excès, CSI NY tente de négocier la commémoration du drame. Et le fait, de la pire des façons.

Il ne s’agit pas, ici, de remettre en cause les conséquences du drame sur le peuple américain et les habitants de New-York. Il s’agit de traitement. Où comment peut-on sombrer dans une surenchère de bons et gouleyants sentiments qui virent à l’écœurement totale. Déjà, la progression dramatique menaçait l’épisode de sombrer. Les flash-backs montrant Mac et sa femme, le jour du drame prévoyait un recours à un artifice putassier, prompt à nous arracher des larmes par la force.

Ensuite, il y a la commémoration elle-même. Juste si l’on regardait une retransmission direct. Le montage général, la musique comme le discours, très élémentaire au point d’en devenir scolaire, participent à une cérémonie officielle, sans détours ni ornement. Or, dans le cadre d’une fiction, on est en droit d’attendre un traitement plus nuancé dans sa mise en scène que des ralentis sur des visages qui se recueillent et une succession de photos.

Le pire vient de la conclusion. Mac sur la plage, qui tient dans ses mains les tickets d’un spectacle. Paroxysme de l’exploitation des flash-back comme libération après cette prise d’otage lacrymale. Il jette les deux tickets à la mer, conclusion symbolique grossière. Tout l’épisode contenu dans une scène. Sa nature événementielle, date anniversaire d’une tragédie, force à accepter l’épisode sans retours, sans possibilité de critique. La série s’offre la complaisance des bons sentiments jusqu’à l’obscénité. Vision pornographique qui s’étale avec l’apparat des bonnes œuvres  On aurait du sortir de l’épisode ému, il reste la colère d’une exploitation crasse.

C’est le moment d’une réaction opposée.

 

Dexter (07x08 : Argentina)

C’est le moment d’une déclaration d’amour.

Les scénaristes avaient lancé la (mauvaise) idée lors de la saison précédente. On avait un peu d’espoir que l’idée se perde entre les deux saisons. Malheureusement, Debra est toujours amoureuse (?) de son frère… et lui annonce.

Symptomatique d’un show qui n’a plus grand chose à raconter et invente des subterfuges pour faire avancer un récit. Et dans le registre des très mauvaises idées, cette dernière fait figure de challenger. Toute la séquence est embarrassante. Les sanglots étranglés dans la gorge de Debra, le visage décomposé de Dexter (l’acteur n’a pas du se forcer beaucoup). On assiste à une sorte de mise à mort, le moment où l’on ne peut plus vraiment prendre la série au sérieux.

Le ridicule ne tue pas mais on ne voit pas très bien comment la série se relèvera. Toute la séquence et son implication atteint un sommet de n’importe quoi qui teinte la suite d’un halo risible. On passera volontiers sur le caractère légèrement incestueux de la tournure des événements  la série n’a définitivement pas besoins de cela.

C’est le moment où le ridicule tue.

les miscellanees de Pol Gornek - partie 08

#035 Glee (01x19 : Dream On)

C’est le moment d’un flash mob dans un centre commercial.

La séquence commence par un miracle auquel on ne croit pas vraiment. Mais on se laisse porter par le dynamisme de la scène, soulignée par une chorégraphie qui recompose un phénomène publique, mode éphémère : le flash mob.

On reconnaît la patte de son auteur : Joss Whedon. Moins dans le thème (quoique, le dépassement de soi, l’adolescence prisonnier d’un handicape) que dans la réalisation. Au mouvements de caméra ample et plans larges (illustration classique d’une scène de groupe), s’additionnent des images vidéos de téléphones. On retrouve l’identité visuelle du réalisateur, ce besoins d’immersion dans la scène. Comme une image un peu embedded. Impression que l’on pouvait retrouver dans l’épisode The Body de Buffy, ou encore Epitaph One de Dollhouse. Mais également au cinéma dans Avengers (à New-York, lors de l’affrontement final). Une façon de mettre l’oeil humain comme point de vue, en prise direct avec l’action.

Quand la musique s’achève, Artie retombe dans son fauteuil roulant. La séquence était un rêve. Il y a le brusque retour à la réalité. Si le fantastique (ou le rêve) permet d’utiliser des symboles, il n’y a rien de plus éloquent que la réalité. Dans Buffy, cela s’incarnait (toujours) dans l’épisode The Body (ou encore le 06x19 : Seeing Red). Ici, c’est la solitude de l’être prisonnier d’un fauteuil.

C’est le moment où il faut se réveiller.

 

 

#036 MacGyver (07x08 : Good Knight MacGyver part 2)

C’est le moment où l’on apprend le prénom de Mac Gyver.

Il y a les grandes révélations. Celles qui éventent de grands mystères. Celles qui révèlent un meurtrier. Celles qui répondent aux questions posées. Et il y en a de plus petites mais qui, dans une sériephilie nostalgique, signifient beaucoup. Il aura fallu attendre un peu plus de six saisons pour connaître enfin le prénom de MacGyver. La série n’en a jamais fait un gimmick. Seule résidait une certaine curiosité. Parce que ce héros sans prénom, symbole absolu du bien, restait une image légèrement désincarnée. Il aura fallu un choc sur la tête et une plongée onirique dans l’époque arthurienne pour connaître enfin la vérité.

Le principe de l’épisode est un grand classique. Faire rêver le héros dans un univers différent (époque ou présent alternatif) et faire apparaître les personnages récurrents dans de nouveaux rôles. Ici, MacGyver devient chevalier temporaire, aidant le roi Arthur a contrecarré les plans machiavéliques de la perfide Morgane. C’est dans ce contexte que Mac (pour les intimes) verra évoquer ces aïeux et redorer un arbre généalogique un peu terne.

C’est ainsi, au terme de péripétie qui jouent astucieusement des effets anachroniques, qu’apparaîtra en lettre de feux sur le reflet d’un peigne en argent, le prénom d’origine gaélique : Angus.

C’est le moment où Mac devient Angus MacGyver.

 

 

 

#037 Dexter (04x12 : The Gateway)

C’est le moment où la boucle se referme.

C’est une image. Un bébé, sur le sol d’une salle de bain, dans une flaque de sang. Comme une malédiction qui se répète. Après Dexter, dans le sang de sa mère, c’est sa descendance directe, Harrison qui se trouve être marqué par une tragédie identique.

Ainsi, la boucle se referme. Et c’est toute la nature de la série tv qui se retrouve dans cette forme. La série, art de la redondance. Motif répété, semaine après semaine. Ici, on invoque les principes élémentaires. La dernière image de la saison peut-être celle d’un (re)commencement. Nourrir à nouveau la trame générale par réutilisation d’éléments passés. 

Au-delà du symbole, il y a la puissance de l’image. Celle qui a hanté le personnage comme les spectateurs. Vision écarlate d’un enfant plongé dans un océan vermillon. Et le corps sans vie de sa mère. Image forte qui aurait peut-être du rester la dernière.

C’est le moment d’une fin possible.

 

 

#038 Eureka (03x04 : I Do Over)

C’est le moment d’un mariage.

C’est une image. Un corps figé dans un ensemble en mouvement. C’est une pose éphémère. L’image s’égrène, particules par particules. Comme une disparition informatique. Un corps diffusé dans l’air. Il y a quelque chose de poétique dans cet évanescence artificielle. Une façon d’unir le synthétique et le naturel. Le seul mariage qui sera célébrer.

La séquence joue juste. Jusque dans sa prolongation. Maigre en mot, portée par le lyrisme des violons. Le pas décidé de Carter, sur lequel file les interventions avortées des personnages. Et l’annonce qui se tait. Où plutôt que révéler la mort, il se contentera de rappeler les vivants.

C’est le moment d’un sacrifice.

 

 

#039 Flight of the Conchords (01x01 : Sally)

C’est le générique de fin.

Déjà l’épisode nous avait acclimaté à ce duo étrange à l’humour bizarre. Musiciens bricolant une folk lo-fi, perturbé d’influences extérieures. Le générique de fin, c’est la continuité d’une chanson géniale, The Humans are Dead. Absurdité d’un clip à deux sous, paroles décalées, l’ambiance très suédée que l’on retrouvera dans le film de Gondry (et avant cela, certains clips du monsieur). Be Kind, Rewind.

Un petit carré d’image à côté des crédits qui défilent. Et bientôt le solo binaire. Chanté. Difficile à retranscrire en mots. Pas sûr que citer les chiffres soient plus convaincants. 000000001 000000011 (citation approximative). Déconcertant et même temps tellement évident que l’ensemble tient du génie.

Au-delà du simple exercice de style, la grande qualité des Flight of the Conchords, c’est d’allier ce décalage drôle à un savoir faire musical indéniable. Musiciens avant d’être acteurs ou scénaristes. Une paire “couteau suisse” unique en son genre.

C’est le moment d’un solo en mode binaire.

les miscellanees de pol gornek - partie 07



#031 Xena : Warrior Princess (02x15 : A Day in the Life)

C’est le moment d’un bain où les sous-entendus deviennent explicites.

Xena et Gabrielle, se frottant mutuellement le dos. La scène aurait pu être grivoise. Tout juste bonne à exciter le mâle en mal de fantasme. Pourtant toutes connotations trop sexuelles y sont évacuées. La séquence possède quelque chose de domestique. De commun. 

L’atmosphère conserve néanmoins une forme de sensualité. Les caresses à l’éponge, les corps dénudés, l’imagerie cultive un érotisme léger. C’est dans l’attitude, le dialogue que les auteurs évacuent  la charge trop lourde de sens. Échange factuel, présence d’humour. Et les non-dits qui affirment à couvert.

La scène restera comme l’illustration d’une homosexualité féminine. Et pour l’époque, c’est une porte ouverte, une promesse vers une visibilité plus large.

C’est le moment où deux héroïnes prennent un bain ensemble et quoi de plus normal ?





#032 Profiler (02x14 : Every Five Minutes)



C’est une ponctuation.

Apparition de chiffres sur fond noir. Austères. Sans signification particulière. Ils s’additionnent à mesure que les actes se terminent. On commence à comprendre. L’épisode se déroule classiquement. Recherche du coupable, de sa psychologie. Mais c’est la montée des chiffres qui interpellent. Encore combien ?

Et vient le mot de la fin. Sentence un peu grave mais facile. Comme s’il cherchait à nous culpabiliser, indirectement. Il y a la prise d’informations. Mais dans l’énoncer froid et désensibilisé, une forme de complaisance face au sordide. La série assume le caractère implacable du fait : succession de chiffres comme témoignage, exposition. Et nous rappelle, qu’il y a un monde en dehors de la série.

A l’image de Law & Order qui puisait son inspiration dans la rubrique des faits divers, Profiler ajoute une part de réalisme à ses scenarii

C’est le nombre de femmes agressées sexuellement pendant la durée de l’épisode.





#033 House of Saddam (part 01)



C’est le moment d’une exécution.

C’est peut-être aussi le moment où l’on prend pleine mesure de la volonté et de la folie d’un homme assoiffé de pouvoir. Les intentions sont limpides, soulignés par des mots capables de suggérer l’horreur par le calme de sa diction : Un homme capable de tuer son meilleur ami est un homme sans faiblesse.

Abattre de sang froid, d’une balle dans la tête l’ami. La culpabilité ou la traîtrise non prouvée. Seulement pour la portée théorique de son geste : Il n’y aura aucun privilège, faveur ou indulgence. Seule la force importe, le symbole d’une puissance qui dépasse la raison. La démesure du despote qui se rêve en souverain absolu. C’est aussi l’illustration d’une vision du pouvoir qui imagine le meurtre comme un acte politique.

C’est l’éveil d’un tyran. 





#034 Ally McBeal (04x06 : ‘Tis the Season)



C’est le moment d’une chanson.

L’innocence de Ally contextualisée par l’esprit de Noël rencontre une forme de réalité plus abrupte, pragmatique et triste. Il y a quelque d’universellement tragique dans cette situation. Celle d’un père qui n’arrive pas à s’émouvoir sans son fils. La relation du fantasque couple met un pied dans la réalité. 

La thérapie musicale. Où comment (re)chercher une cure par la chanson. On passe rapidement sur le répertoire des chants de Noël. L’échange, cocasse et touchant, caractérise la justesse du couple. Complicité, tendresse et humour. C’est quand Larry se retrouve seul devant le piano que la séquence atteint son paroxysme. Une reprise de Joni Mitchell, River. Il y a comme une évidence. La chanson est magnifique, colle à la scène comme si elle avait été écrite pour l’occasion.

Et il y a le retour silencieux de Ally. Et l’impuissance face à la détresse d’un père.

C’est le moment d’une chanson et c’est aussi celui de deux êtres blessés. 

les miscellanees de pol gornek - partie 06

#026 CSI (06x05 : Gum Drops)


C’est le moment où une petite fille nous raconte une histoire.

C’est l’innocuité d’une voix d’enfant et la découverte d’une scène de crime. Paradoxe de l’image et du son. Filmée en plan séquence, on pénètre les lieux, on saisit les paroles. L’ambiance est au conte macabre. 

Introduction d’un épisode magnifique qui utilisera cette voix comme un phare. Ou des bonbons. Petite Poucette disparue, enlevée. C’est un moment qui dépasse un peu les cadres du moment, pour s’élargir à l’épisode. Le genre un peu diffus qui fait qu’un morceau est un peu plus qu’un morceau. Et ce Gum Drops, le plus beau de la série.

C’est le moment où Nick règle ses démons.

 

#027 MillenniuM (02x23 : The Time is Now)

C’est le moment d’un réveil.

Ou c’est peut-être le moment que l’on ne voit pas. L’ellipse. Catherine, quittant la cabane pour mourir pudiquement. Cet espace vide, caché aux spectateurs. Celui que l’on nourrit de notre imagination, à mesure que l’on comprend. Dans les pas de Frank à son réveil. Assimilant la vérité. Nos cheveux ne changent pas de couleur. Mais la tristesse qui nous accompagne est similaire.

Commencer par l’intime. Le personnel. Et ensuite, voir la catastrophe dans sa globalité. C’est la mort d’un être cher. Puis du monde. Là encore, on se passera d’images. Seulement du son. La radio comptabilise les victimes. Implacable fatalité qui touche l’humanité. Sauf une partie de la famille Black. On saisit mieux la douleur du choix. L’injuste décision de se séparer de sa femme ou de sa fille. MillenniuM a toujours eu la réputation d’une série désespérée. 

C’est le moment où l’espoir ne tient qu’à un enfant. 

Vous trouverez une excellente lecture de la séquence par Sullivan le Postec pour le DailyMars : http://www.dailymars.net/100-moments-de-tele-episode-3-buffy-homeland-millennium-the-shield-spooks/ 

 

#028 House (07x22 : After Hours)

 

C’est le moment d’une opération dans une baignoire.

Figuration de la psychologie borderline du personnage et sa capacité à l’auto-destruction. Ici, les actes parlent. Et c’est la jambe malade que l’on meurtrit. Le scalpel coupe la chair. La pince extrait la tumeur. Le geste devient brouillon comme l’anesthésie s’évapore. La main tremble. La vision parasitée par la douleur se déforme.

La scène est dure. Montée en actes pour mieux apprivoiser la souffrance progressive. L’éclairage de la scène, la réalisation saccadée qui peine à saisir le visage déformé de House. Mouvements brusques et décadrages. La mise en image de l’abandon du corps et de l’esprit. La douleur objectivée, palpable sur la surface plane de l’écran. Le puits insondable d’un esprit trop fier. Énumération de la folie.

La jambe, symbole de tous les maux, devient champ de bataille, bourbier sanguinolent et charnier. Boucherie d’une chirurgie domestique. House atteint ses limites, une nouvelle fois, à son corps défaillant. 

C’est le moment d’un appel à l’aide au fond d’une baignoire.

 

#029 Diff’rent Srokes (05x16 : The Bicycle Man)

 

C’est le moment où le comique naïf laisse place à une vérité plus effroyable.

Geste important que celui d’exposer les dangers liés à l’enfance autrement que dans le cocon familial. La douce farce moralisatrice de la série prend un détour plus grave quand elle place Arnold dans les serres d’un pédophile.

La séquence ne prend pas de gants. Arnold, appâté par un vélo, pose torse nu, boit du vin. C’est glaçant parce que connoté, explicite dans l’application des vices, sans aller trop loin. Dans le cadre d’une sitcom familiale, c’est fort. Quand la télé exploite son médium pour des vertus pédagogiques.

C’est le moment où s’illustre la froide prédation et l’horreur qui l’accompagne.

 

#030 Buffy, The Vampire Slayer (05x16 : The Body)

 

C’est le moment où Buffy réalise que sa mère est morte.

C’est plus qu’un moment, c’est tout un épisode. Le plus beau. Le plus intense. Un geste artistique un peu plus haut que tous les autres.

Illustration de la mort dans ce qu’elle a de plus crue. Dans une série qui a fait du fantastique sa source principale de danger et la métaphore des obstacles de nos vies, la mort naturelle revêt un atour plus insupportable. L’impuissance d’une super-héroïne devant le corps inanimé de sa mère. Et personne contre qui se battre.

Le corps. Ce qu’il reste de la femme. Enveloppe vide, dépersonnalisée. L’émotion rattrapée par des contingences administrative, matériel. Le fort de l’épisode, c’est de nous raconter la mort sans versant émotif ou mélodramatique. Mais comme objet. Dans une atmosphère naturaliste. Filmage caméra à l’épaule, couleur pâle, Sarah Michelle Gellar, blafarde, sans maquillage. Et aucune musique. Le silence assourdissant, qui ira jusqu’à taire, par pudeur, les pleurs de Dawn. 

Privilégier la longueur, laisser s’exprimer les silences. Whedon ose altérer les codes de la série. Le verbe est maigre, le plan séquence privilégiée. L’image devient mode d’expression principale. Les personnages sont démunis, dépouillés. Incapables d’assurer ou d’assumer l’épisode. Le réalisateur les vide de substance, résumé à leur plus simple expression. La tueuse destituée, c’est la grande soeur qui s’impose. Refus de tout fantastique, d’aide surnaturelle. 

C’est le moment où la série bascule dans le monde adulte. Et le fait grâce au deuil. La leçon est cruelle. Whedon n’épargne rien, ni personne. Il privilégie l’expression visuelle parce que les mots sont inutiles. Incapables de retranscrire la peine l’être perdu. L’épisode rappelle la condition de mortel. Et le fait de la plus violente des façons. Violence de l’instant, froid et exécuteur. Violence des émotions que l’on tait. C’est l’incompréhension d’Anya, vecteur d’un public désarmé qui veut encore y croire (et par la suite, Dawn). C’est la colère sourde, la manifestation de la violence ou la recherche futile pour les autres. Chacun réagit différemment et ce sont ses réactions (même dans une certaine passivité) qui rend l’épisode si juste et précieux.

C’est LE moment.

Dominique Montay pour le DailyMars offre une lecture qui précède l’épisode : http://www.dailymars.net/buffy-third-watch-mad-men-six-feet-under-babylon-5/ 

les miscellannees de pol gornek - partie 05



#021 Dr Horrible’s Sing-Along Blog (01x03 : Act 03)


C’est le moment où la farce devient tragédie.

Tout l’art de Joss Whedon de condenser une saison en quarante cinq minutes. 

Relecture post-moderne du super-héros, de la comédie romantique pour finir dans la tragédie. L’art de jouer les sauts d’humeur. Du rire aux larmes. Où une séquence cartoonesque provoque le drame. L’intelligence de l’écriture, l’honnêteté des sentiments.

La bluette musicale et inoffensive devient cruelle. Le couperet tombe sans prévenir. Et tout se termine avec l’amère victoire du mal sur le bien. Le villain a eu ce qu’il voulait. Ou presque. Whedon refuse le happy end. Et c’est tout le génie de l’artiste que de traiter, avec le plus grand sérieux, la fable moderne que l’on pourrait prendre pour une récréation.

C’est le moment où Penny meurt. Et un peu de notre innocence avec elle.





#022 Mad Men (03x11 : The Gypsy & the Hobo)

C’est le moment où un géant défaille.

La seule force des mots et de l’interprétation des acteurs. 

La réalisation, sage et subtile, se contente de capter l’émotion avec sobriété. Construit en plusieurs actes, dans plusieurs pièces, on assiste à la chute d’un géant. Le colosse Don Draper face à ses propres mensonges. Face à son histoire. Face à ses démons. Si nous, spectateurs, étions déjà dans la confidence, se déroule sous nos yeux la réelle désacralisation du personnage. Dans un mouvement cyclique qui nous rappelle les premières séquences de la saison et ce flash-back sur la conception/naissance de Don/Dick. Car si les images ont déjà révélé le mystère, avec le verbe, il prend une tout autre dimension : la vérité s’inscrit dans la réalité narrative de la série. La confession de Don agit comme une conclusion.

Pour la première fois, Don nous apparaît en toute simplicité. Vulnérable. Sa main tremble quand il veut se servir un verre. Les larmes viennent quand il mentionne le suicide de son frère. C’est un torrent de culpabilité qui renverse le publicitaire. Celle d’un mari qui a menti à sa femme. Celle d’un homme qui a abandonné son frère. C’est Don redevenu enfant. Honteux. Pas d’avoir menti, mais de s’être fait prendre. Face à Betty, stricte matriarche, exigeant la vérité avec autorité. Aux enjeux énormes, les acteurs répondent avec talent. Leur jeu, intense, souligne le raz-de-marée. C’est la révolution du couple Draper.

C’est le moment où l’ouverture d’une boîte rappelle celle de Pandore.

(Astiera pour Series Addict, So What ? en parle également ici : http://www.seriesaddict-sowhat.fr/2013/02/18/mes-moments-de-tele-episode-1-lorsque-les-personnages-se-mettent-a-nu/ )





#023 John Adams (Part one - Join or Die)

C’est le moment d’un châtiment.

L’effet est saisissant. Il y a la brutalité de l’homme et comme un acte normal. Et public. Le supplice du goudron et de la plume. Amusant quand il orne les pages de Lucky Luke, terrible et cruel quand on subit sa version réaliste.

La brûlure du goudron chaud, les cris de douleur. Et le regard horrifié de John Adams devant autant de barbarie. C’est la définition humaniste de l’homme. C’est la définition monstrueuse d’une foule en colère. Au-delà de l’aspect monstrueux, c’est une étude sociale. Le lynchage public.

La torture et l’humiliation clôt la scène. La peau meurtrie, fusionnée avec le goudron. Les plumes que l’on jette et la parade odieuse. L’humiliation d’un corps jeté en pâture. L’humiliation de l’espèce humaine capable d’une cruauté aussi élémentaire, qui s’accompagne de grognements de satisfaction.

C’est le moment où l’on perd un peu espoir dans le genre humain.





#024 E. R. (06x13 : Be Still My Heart)

C’est le moment où un visage apparaît sous un lit.

La scène est l’aboutissement de deux conceptions opposées de la dramaturgie. Pris ainsi entre deux feux, la révélation est d’autant plus brutale et impitoyable.

C’est le principe du suspense selon Hitchcock, qui consiste à donner aux spectateurs une longueur d’avance sur les personnages. Ici, c’est la sourde menace qui plane sur Lucy.

C’est le principe du coup de théâtre, l’évènement imprévu. Ici, Carter qui se fait poignarder et la révélation du visage de Lucy qui apparaît sous le lit.

Et l’épisode de se terminer ainsi. Il faut se mettre à la place des spectateurs américains pour comprendre l’extrême perversité du procédé. Montée crescendo de ce sentiment d’insécurité, funeste présage dont le point paroxystique insupportable s’avère épilogue. Et cet écran noir. Et l’attente d’une semaine avant de pouvoir découvrir la résolution.

Il est des souvenirs qui marque une génération de spectateurs. Celui-ci en est un assurément. Par la force du drame. Par la précision d’orfèvre de sa construction. Par la justesse de l’ensemble. Une image. Un plan. Et c’est tout un édifice émotionnel qui s’écroule.

C’est le moment où un visage apparaît sous un lit. Et toute l’horreur de cette découverte.

(vous pouvez lire une excellente lecture de la séquence par Sullivan le Postec pour le Dayli Mars : http://www.dailymars.net/100-moments-de-tele-episode-14-er-twilight-zone-l-a-law-deadwood-rescue-me/ 

Ainsi que celle de Astiera pour Series Addict, So What ? : http://www.seriesaddict-sowhat.fr/2013/02/22/mes-moments-de-tele-episode-36-des-larmes-sur-mes-joues/ )





#025 Columbo ( 09x04 : Rest in Peace, Mrs. Columbo)

C’est le moment d’un enterrement.

Celle dont on ne verra jamais le visage. Instant cruel qui met un terme au gimmick. Madame Columbo n’est plus.

Un nom presque institutionnalisé. Jeu de la promotion, ces images qui tournent en boucle et annonce la terrible épreuve pour le célèbre inspecteur. Jeu d’écriture car cette image se dilue progressivement au fil des histoires racontées en flash-back. Pas tout à fait en mode Rashomon mais presque.

Peut-être davantage coup marketing que coup d’auteur. Toutefois cette image reviendra hanter quelques mémoires de sériesphiles. L’assemblée en noir autour du cercueil et le titre éloquent de l’épisode. Pendant un instant, on a tremblé. Et peiné par une disparition d’un personnage que l’on a jamais vu. C’est aussi cela, la force d’une fiction.

C’est le moment d’une mascarade et l’on n’est pas honteux de s’être fait avoir.

les miscellanees de pol gornek - partie 04

#017 Dead Like Me (01x05 : Reaping Havoc)

C’est le moment d’une pensée positive.
C’est le moment d’un comportement spontané, dénué de raison.
C’est le moment qu’un corps donne à un autre par le choc.
C’est le moment d’une variation brève et rapide d’un état.
C’est le moment d’une énergie à se porter vers l’avant.
C’est le moment où l’on décolle du sol.

C’est le moment où toutes les définitions d’impulsion se rejoignent.

Un geste déraisonné, mu par l’action d’une pensée, provoquant une variable dans un comportement qui le poussera vers l’avant, afin de sauter.

C’est Betty qui décide de sauter avec l’âme qu’elle était venue faucher. Et c’est George qui reste seule. Encore une fois.

C’est le moment où il faut sauter.

(définitions sur wikipedia)

 



#018 Spin City (04x26 : Goodbye (2))

C’est le moment où le quatrième mur s’affaisse.

Où quand les adieux d’un personnage et d’un acteur se confondent. 

L’un des départs les plus déchirant de la télévision américaine. Douloureux. Il ne s’agit pas uniquement d’un personnage. Mais d’un acteur. La maladie. Le brusque retour à la réalité pour une sitcom qui a fait du décalage politique son fond de commerce.

C’est Michael J. Fox, éternel tête d’adolescent dans sa veste d’université. Il court, traverse les décors. C’est l’envers du spectacle quand toute l’équipe est réuni pour l’applaudir. Et le public d’ovationner, également. Il y a la reconnaissance du travail, du talent. La tristesse de voir un collègue partir. La douleur sourde qui accompagne les circonstances de son départ. Sentiment d’injustice.

La suite se passe de mot. 

C’est le moment d’un adieu.





#019 The Prisoner (01x01 : Arrival)

C’est le moment où une image devient mythique.

C’est d’abord une boule blanche sur la plage. Inoffensive. Et l’incongruité de cet élément provoque la suspicion. Il y a le suspense original de la séquence, que cette fuite destinée à réussir ou non. Et la colision. 

Difficile d’imaginer que cette séquence ainsi décrite ait accédé au rend d’icône aujourd’hui. Le visage de N°6 en relief dans le plastique du ballon. Ce cri sourd, mélange de frustration, de honte et d’effroi. Scène froide, raide, à l’image de la série. Tout cela aurait pu être drôle. C’est glaçant et implacable.

C’est le moment où une image se mue en icône.





#020 Heroes (03x12 : Our Father)

C’est le moment où un fils retrouve sa mère.

Dans un agencement bordélique, incertain et quelque part vain, une séquence entière prend le temps de placer l’émotion au centre. Comme motif principal. Une équation simple que le jeu du fantastique rend possible. Un fils remonte le temps et peut ainsi passer un dernier moment avec sa mère.

Comme une séquence qui s’extrait de l’ensemble. Pour une existence autonome. Tout juste rattraper sur la fin pour récupérer la trame principale. Ce moment joue la carte de l’émotion élémentaire. Premier degré avec une croyance indéfectible dans le mélodrame. C’est peut-être pour cette raison que la scène fonctionne si bien. Et parvient à émouvoir. L’écriture simple et direct. Un peu cruelle quand il s’agit de jouer avec la mémoire (le fils qui ne souvient pas, incapable de raconter sa vie), habile et beau quand il lui ment pour la soulager. Osée aussi, intégralement en japonais, plus de quatre minutes durant.

C’est le moment où une mère peut dire adieu à son fils.

les miscellannées de pol gornek - partie 03



#012 The Twilight Zone (03x26 : Little Girl Lost)

C’est le moment où un père plonge littéralement la tête dans le mur.

L’horreur surgi du quotidien. Où ses propres murs deviennent l’objet de toutes les craintes. Tout tient dans l’évocation et l’imagination du spectateur. Principe malin, économe et pourtant doté d’une grande force de persuasion. L’impuissance devant un mur lorsque s’échappe les pleurs de l’enfant disparu. L’improbabilité du procédé, vite balayé par une croyance indéfectible dans l’histoire. Pas besoins d’explication rationnelle. De cause ou de raison. Seulement un fait, narré avec un dénuement total et l’horreur d’une situation impossible.

Cette image incohérente d’un bras qui traverse le mur devient une figure hantée. Comme le miroir que l’on traverse, un motif cher au genre fantastique. Mais cette surface plane qui ne réfléchit rien ne possède pas les atouts séduisants d’un glace. C’est un anti-climax. Un morceau de décors banal et fonctionnel. La force de Matheson est de rendre l’inoffensif dangereux. Sans ajout autre que celui de l’inconnu derrière le mur. Quand Lovevraft exploite les angles improbables pour faire jaillir le bizarre et l’horreur d’une archictecture intérieur, Matheson n’additionne rien et exploite la métaphore.

C’est le moment où le mur est une porte que l’on ne voit pas.






#013 The Nowhere Man (01x24 : Marathon)

C’est le moment où l’Amérique du Sud est situé aux Etats-Unis.

Les apparences trompeuses. Quand la pierre fondatrice de la série, le cliché, devient un artefact de plus. C’est l’horreur d’une révélation qui bouleverse tout l’édifice de la série sans qu’il ne s’effondre. Maîtrise d’une mythologie à tiroir où les faux semblants se cachent même devant nos yeux.

Fort et osé que cette image qui hante la série, répétée tout au long des introductions, se révèle mensongère. Au-delà du lieu supposé, c’est toute sa valeur vériste qui se trouve remis en question. Pour le spectateur, c’est la visite d’un lieu quasi sacré. Voir, observer les ruines d’une mise en scène. Au principe de rebondissement, la série ajoute celui de l’imaginaire. Sorte de traversée du miroir, comme une mise en abîme. La fiction qui se révèle devant nos yeux.

C’est un pas de plus vers un récit qui deviendra de plus en plus touché par l’aura de Philip K. Dick. Trouble de l’identité, récit à tiroir, le profit de l’auteur se retrouve dans l’ADN de la série. 

C’est le moment où il faut oublier tout ce que l’on sait.






#014 Due South (01x23 : Victoria’s Secret (2))

C’est le moment d’un adieu sur le quai de la gare.

Les années 1990 avait cette innocence. Et l’humilité de reprendre une image d’Epinal sans la retravailler. Et de croire encore en son pouvoir d’évocation. Sans passer par le hachoir du post-modernisme ou du cynisme. Cette image, c’est bien sûr celle d’un au-revoir sur la quai de la gare. Avec la belle dans le train qui invite l’homme à courir la rejoindre. Le suspense de savoir s’il va réussir à la rattraper. Ou si l’engin va lui échapper et disparaître à l’horizon.

L’instant ne serait pas mémorable s’il ne possédait pas une valeur ajoutée. C’est bien sûr celle de l’amour maudit. Et dans la série, c’est l’interdit pour le bon Benton Fraser d’aller rejoindre la brigande aimée. Casser la sacro-sainte moral qui constitue l’homme, rejeter la loi. La série pose la question : jusqu’où peut-on aller par amour. Et pour Benton, c’est rejeter ses principes.

La séquence joue à fond son principe. La musique, le romantisme tragique, la course, le suspense. Même la rupture violente de la progression est une mélodie bien connue. Le coup de feu. Benton gisant à terre. Et le train qui se dérobe. Tout y est très premier degré. Mais tout fonctionne pour devenir bouleversant. 

C’est le moment qui n’aurait (peut-être) pas du être un adieu.






#015 Oz (01x01 : The Routine)

C’est le moment où l’on comprend que tout est possible et sans salut à Oz.

Sans surenchère, une mise à mort cruelle qui restera hors champs. Un maton complice, une vengeance. L’essence que l’on asperge. L’allumette que l’on craque. Au-delà de la cruauté de la séquence, froide et sadique, il y a cette vérité : personne n’est à l’abri d’une mort violente. 

Celui que l’on imaginait (un des) personnage principal disparaît. Éradication pure et simple. C’est fort et tonne le la pour la suite. Oz, lieu de non-droit malgré l’encadrement carcéral. Le ver dans un fruit déjà pourri. La séquence est traitée de façon presque indifférente. Comme un lieu commun. Une mort de plus. Sauf que le spectateur est pris de court et ce détachement devient  insupportable. Créer le doute, le malaise, Oz y parvient en un épisode. Et annonce la future routine.

C’est le moment où l’on comprend qu’il n’existe point de salut pour les condamnés.






#016 The Wizard (01x19 : H E N RI VIII)

C’est le moment d’une innocence perdue.

C’est peut-être l’ultime rêve des petits garçons (et petites filles ?). Celui d’avoir un robot, capable de parler, de jouer, de se déplacer seul. Un ami artificiel. L’ami imaginaire des geeks en manque de palpabilité. La personnalité candide de HENRI en référence aux lois de la robotique de Isaac Asimov appuie l’effet madeleine.

C’est la vision d’un bras ensanglanté comme en hors-champs, on imagine le crâne défoncé. La fin du temps de l’innocence. La perversité du monde adulte ou la défaillance mécanique ? Vision cauchemardesque et début d’une lutte pour déjouer la culpabilité évidente.

L’émotion dans la voix de la machine. L’incompréhension du drame qui s’exhibe devant ses yeux. C’est quelque part, la question de l’enfant tueur. De la responsabilité comme de la peine de mort. Le système adulte contre une vision de l’enfance. 

C’est le moment où un bras robotique ensanglanté se lève et la supplique d’une voix artificiel.