les miscellanees de pol gornek - partie 11
#050 How I Met Your Mother (06x13 : Bad News)
C’est le moment où Marshall apprend la mort de son père.
Au fil de la rédaction de ces morceaux choisis, il apparaît que certains semblent moins importants que d’autres. On retient des passages particuliers parce qu’ils représentent un événement dans la série ou parce qu’ils ont su provoquer quelque chose d’un peu magique ou toucher juste. Certaines séquences font l’unanimité, d’autres illustrent la personne qui les choisi.
La séquence où Lilly annonce à Marshall le décès de son père n’est pas la plus belle scène de la série. On pourrait même en trouver des plus émouvantes (il y en aura au moins deux). Mais celle-ci fut un écho tout particulier parce que sa diffusion suit de près la mort de mon père (un mois). Je ne suis pas investi émotionnellement dans la série. Mais à ce moment précis, je deviens (un peu) Marshall. Si tout le contexte est différent, des raisons de sa mort à ma relation avec lui, pendant quelques secondes, je suis scindé en deux, pris de compassion pour un être fictif qui traverse une situation similaire et renvoyé à ma propre perte et l’instant précis de sa mort.
La série tv est une oeuvre qui vit en même temps que ses spectateurs. Nous grandissons ensembles. Nous évoluons ensembles. Et nous devons parfois, ensembles, faire face à des moments douloureux. Ici, la synchronisation fut presque parfaite. A un point qu’un peu auparavant, j’apprenais que j’allais être papa. Une période un peu étrange de ma vie où l’excitation se mêlait à la tristesse.
C’est le moment où je deviens un peu Marshall.
#051 Buffy, The Vampire Slayer (03x20 : The Prom)
C’est le moment d’un discours.
Joss Whedon aime son héroïne et lui offre peut-être le plus beau des cadeaux. Un discours lors du bal de promotion. Il y a quelque chose d’émouvant dans ces mots simples, synonymes de gratification. La reconnaissance que ces quelques années de sacrifice n’auront pas été vain (avec celui de régulièrement sauver le monde). Et aussi rappeler que les nombreux événements fantastiques ne seront pas passer inaperçus.
Cette recognition subite intervient à un moment où Buffy est utilisée comme un instrument au détriment de la personne. Elle voit son univers vaciller, illustré par le départ de Angel, l’avènement du Maire et surtout, la fin du lycée. Ce passage où l’on quitte la part la plus innocente de notre adolescence. Le discours émeut parce qu’il touche une corde sensible et met en lumière une héroïne trop longtemps restée dans l’ombre. Ce moment où les projecteurs se braquent sur Buffy Summers devient une bénédiction, le sacre d’une héroïne. Séquence cathartique par définition, le spectateur exulte et se voit submerger par la douceur insoupçonnée que l’on peut trouver chez ces enfants.
C’est le moment de remerciements tant attendus.
#052 X-Files (04x02 : Home)
C’est le moment d’une ouverture.
Rarement une série n’aura plongé aussi profondément dans l’horreur. L’image est sombre mais l’on devine ce qui s’y passe. On perçoit les mouvements. Un visage déformé se révèle. Et la révélation laisse place à un sommet d’effroi. Le corps d’un bébé que l’on enterre.
L’image restera gravée longtemps dans la mémoire. Une image dérangeante. La série a mis au monde une quantité non négligeable de monstres (la créature de The Host, Eugene Tooms, etc….), mais c’est bien cette famille dégénérée qui obtient la palme de l’horreur à l’état brute. Peut-être parce qu’elle relègue le fantastique à l’écart et s’approche un peu plus de notre réalité (toute proportion gardée).
C’est le moment où l’on enterre un nouveau-né.
#053 Grey’s Anatomy (05x24 : Now or Never)
C’est le moment où l’horreur se définit.
Beaucoup de reproches pourraient lui être fait mais Shonda Rhimes maîtrisent à la perfection les outils du mélodrame. Il y a ces événements que l’on voit arriver. Ceux dont la route est pavé des plus malveillantes attentions pour amener un final tragique. Et il y a ceux que l’on ne voit pas venir. Ceux, dont la surprise vous tombe dessus et ne vous lâche plus. Une surprise qui vous redresse. On s’approche de l’écran parce que l’on comprend les événements à la même vitesse que les personnages.
C’est un mot que l’on essaie de signer au creux d’une main. Parce que l’on ne peut plus parler. Emprisonné dans son propre corps. C’est la torture de Joe dans Johnny Got His Gun. L’anonyme dans un hôpital qui sent le monde (ses amis) bouger autour de lui sans parvenir à communiquer. Rhimes qui place L’hôpital en théâtre des ébats amoureux a fait de la communication son arme absolu. En refusant le visage et la parole à l’un de ses personnages, elle l’extrait de la série, le place en sursis. Tout en laissant le spectateur dans l’ignorance. C’est cruel mais le résultat fonctionne divinement bien.
On reconnaît une grande séquence à sa capacité à replacer le spectateur dans une position émotionnelle semblable à celle qu’il avait durant sa découverte. Ce moment où Meredith comprend que le bon samaritain dévisagé est George O’Malley provoque toujours cet effroi glacial comme une rupture. Le temps s’arrête quelque seconde, à mesure que l’on assimile l’information. Meredith crie, comme nous. Au même moment.
C’est le moment où l’on comprend
#054 NCIS (02x23 : Twilight)
C’est le moment d’une mort brutale.
On voyait déjà le happy-end. Une menace terroriste déjouée. Un sacrifice qui n’en est pas un grâce au gilet pare-balles. Gibbs, DiNozzo et Kate réunis sur un toit, se félicitant, une fois de plus, du travail accompli. Une fin de saison classique pour un show qui mise sur la stabilité de son système. On prévoit le générique de fin, commence à rassembler ses affaires et se demande sur quelle série on va pouvoir enchaîner. La valse des season finales, ce moment bien particulier des sériephiles, entre frustration et satisfaction.
Mais l’épisode dure quelques seconde de plus. Une fraction. Un coup de feu. Le sang qui gicle sur DiNozzo et Kate qui s’écroule. Allongée sur le dos, les yeux grand ouverts. Et une mare de sang qui grandit sous sa tête. Au milieu du front, la plaie d’une balle de sniper lui fait comme un troisième œil La mort est violente, brutale. Elle coupe le souffle comme l’écran s’éteint. Maintenant la saison est terminée. Et aucune doute n’est laissée au sort de Kate.
Il y a des morts de personnage qui attriste mais ne surprend pas vraiment. Et d’autres qui explosent à la gueule du spectateur. Dans un formula show comme NCIS, cette action agit comme un schisme. La série se sépare de sa propre routine, agit de façon imprévue, spontanée et fauche l’audience qui ne s’attendait pas à ce type d’événement sur un personnage principal.
C’est le moment de la série.