Lucarne

Friday Night Lights - Les lumieres de la ville

Pour quelle raisons les lumières s’allument-elles dans cette petite ville perdue du Texas ? Pour éclairer cette grande série adolescente qu’est Friday Night Lights (FNL). Pour animer les matchs de Football américain. Pour montrer que, même au Texas, la lumière doit parfois être artificielle.

La série en finit avec cette esthétique jaunasse vulgarisée par Soderbergh dans Traffic. Le philtre bien dispensable qui pollue même  les plus grandes (Breaking Bad). Dans FNL, il fait souvent gris. Parfois il pleut. Ce retour à des couleurs ternes, un peu naturalistes, permet à la série de s’élever au dessus du lot. A la force de son image. De faire vivre et ressentir le Texas et ses coutumes locales sans recourir à quelques effets disgracieux et gratuits. Un peu comme Dexter n’a pas eu besoins des filtres flashy de CSI Miami pour montrer la Floride.

Dans un art du dialogue, privilégier ainsi l’image rend FNL différente. La création de Peter Berg (réalisateur de films : Friday Night Lights, Hancock, Battleship mais aussi de séries : Friday Night Lights, Chicago Hope, Prime Suspect US) porte autant d’attention aux personnages (et aux dialogues) qu’à l’image (photo et réalisation). Caméra portée, cadres brusques (plus proche de Audiard que de Greengrass) pour un ton qui, sans verser dans le documentaire, capte l’action avec une intention respectueuse. Une déférence qui laisse les personnages naviguer à l’intérieur du cadre sans dicter leurs mouvements. La caméra ne pousse pas, elle suit, enveloppe, caresse ou se supplée aux regards. Ouverture vers un horizon à perte de vue, étendue de plaines, champs, un monde rural qui semble sans limite et qui pourtant agit comme une barrière infranchissable. Si dans Friday Night Lights, Dillon est aussi un personnage omniprésent, on aura de cesse d’essayer de la quitter, de s’échapper de son microcosme dictatoriale, de sa prédestinée. Vivre à Dillon, c’est voir son avenir tout tracé.

A partir de la troisième saison, FNL a déménagé de NBC pour aller vers Direct TV (service de télévision par satellite). Si la ligne de conduite n’a pas évolué, la série a perdu de sa superbe à cause d’une réduction des coûts. Plus tout à fait aussi belle. Du moins, ce qui faisait sa grandeur et son caractère unique. Elle a néanmoins conservé son exigence d’écriture, même quand il a fallu renouveler une partie du casting au terme de la saison 03. La force des plus grandes : Etre capable d’offrir un spectacle remarquable, qu’importe les obstacles dressés devant sa route. Qu’ils soient d’ordre contractuel (le budget) ou (in)volontaire (année scolaire, une seconde saison très bancale). Friday Night Lights s’inscrit parmi ces rares shows teenage à prendre son sujet au sérieux, auxquels elle ajoute une une mise en scène soignée. Si elle n’est pas la plus grande série, elle demeure l’une des plus belles.